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Secteur du luxe : une reprise en vue... mais pas soldée !
information fournie par Carmignac 09/02/2026 à 16:04

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement chez Carmignac


Après une annus horribilis où les chiffres d'affaires et/ou les marges se sont inscrites dans le rouge – presque aussi vif qu'une semelle Louboutin - pour nombre d'entreprises du secteur, quelles perspectives s'ouvrent pour le luxe européen en 2026 ?

Construire une vue sectorielle revient essentiellement à agréger des convictions idiosyncratiques. Dans cette optique, le baromètre du secteur constitue un point d'entrée naturel pour l'analyse.

En 2025, la croissance organique de LVMH s'est établie à -1% pénalisée par la combinaison d'effets de change défavorables, du glissement de la demande vers les expériences au détriment des biens haut de gamme et d'un consommateur devenu plus attentiste dans un environnement de tensions commerciales et d'incertitude géopolitique. Dans ce contexte, même la division emblématique Mode & Maroquinerie a marqué le pas, avec un repli de -5% en prix et de -7% en volume et mix (1).

2026 : la reprise en ligne de mire rencontre la ligne de mode

Pour 2026, l'optimisme est de mise pour LVMH, avec des ventes organiques attendues en hausse de +4,6% en valeur et de +2,6% en volume/mix (1). Cette amélioration des anticipations repose sur plusieurs facteurs.

La solidité de la demande américaine, soutenue par un effet richesse marqué : la richesse des 10% des Américains les plus fortunés a progressé d'environ 30% en trois ans, leur permettant de concentrer aujourd'hui plus de 70% de la richesse totale aux États-Unis, soit 5 points de pourcentage de plus qu'avant la crise sanitaire (2).
Les perspectives s'appuient également sur une stabilisation attendue de la demande chinoise, après deux années de contraction consécutives (-2% en 2024 et -5% en 2025).

À moins que ça ne soit la perspective de voir de nouvelles hausses de prix. Ou de voir Dior (marque #2 du Groupe avec 12% des profits, juste derrière les 65% de Louis Vuitton) renouer avec la croissance pour arriver à 4-5% de croissance dans le sillage de nouvelles nominations (1).

Le retour de la croissance, sous conditions

Si l'on met en perspective ces différents facteurs, la lumière au bout du tunnel n'est peut-être pas encore aveuglante, mais commence-t-elle déjà à prendre l'éclat d'une vitrine de la place Vendôme ?

La demande américaine apparaît bien intégrée dans les anticipations de marchés, après une progression de +25% sur ces cinq dernières années de reprise en K1 – ou seuls les quelques ménages qui ont suivi le haut de la branche peuvent s'offrir un sac Kelly. Il sera difficile de surprendre au-delà de ce qui est déjà escompté, les marchés anticipant déjà +10% de croissance cumulée sur les deux prochaines années.

Des hausses de prix restent envisageables, mais après plusieurs années de hausse de prix de plus de 10% en moyenne par an, l'élasticité de la demande locale pourrait recommencer à se manifester. En outre, si l'innovation vise à élargir l'accessibilité, des prix plus abordables pourraient mécaniquement peser sur les marges. Même dans le luxe, l'équilibre entre prix, volumes et désirabilité ne peut rester figé éternellement.

L'année 2025 aura été marquée par une quinzaine de changements majeurs à la tête des directions artistiques au sein des grandes maisons. Innovation et nouveaux talents devraient progressivement faire leur œuvre et accompagner le retour à la croissance, mais cela prend du temps. Après une longue période où les maîtres mots étaient  »pricing power », le secteur semble entrer dans une phase de « pricing patience ».

Reste enfin le cas de la Chine. Les anticipations, aujourd'hui relativement prudentes après deux années de forte contraction des ventes, pourraient paradoxalement constituer la principale source de surprise positive. La stagnation de la consommation privée et la rechute persistante du secteur immobilier devraient conduire à la mise en place d'un nouveau plan de relance d'ampleur, des annonces étant attendues à l'occasion des sessions parlementaires de mars.

Change, fiscalité, marges : le revers de la médaille

Et de l'autre côté, les facteurs de risques exogènes demeurent.  Le premier concerne les changes. Les marchés mettent l'EUR/USD à 1,20 pour cette année, tout en anticipant une amélioration des marges de 150 points de base les portant vers 66%. Or l'euro - qui représente les deux tiers de la base de coût - s'est apprécié de 4% en quelques jours (+17% vs les points bas de 2025) (1). Si les stratégies de couvertures permettent d'amortir une partie du choc sur les marges, leur coût pèse néanmoins sur la rentabilité. Et surtout la hausse de l'euro pèse sur les ventes, notamment pour les articles les plus accessibles. L'euro fort est un luxe qui coûte cher.

Autre source d'incertitude : les taxes dites « exceptionnelles ». Pour lever environ €7 milliards (budgétés dans la loi de finance), cela pourrait représenter 5 à 6 points de pourcentage de résultat. Audiard résumait avec ironie : « deux milliards d'impôts ? J'appelle plus ça du budget, j'appelle ça de l'attaque à main armée . » Si cet impôt est vu comme un « one-off », cette taxe a pourtant été reconduite en 2026 (devenant de facto un « two-off ») et une prolongation en 2027 ne peut être exclue. Milton Friedman et Jacques Audiard auraient ainsi pu s'accorder sur cette maxime : «rien qui nous rapproche autant de la vie éternelle qu'une taxe temporaire.»
Enfin, les valorisations du secteur (à 26x les résultats attendus de 2026 pour le luxe européen) (3) se sont renchéries ces derniers mois. Les cours de bourse du secteur ont davantage reflété les perspectives de reprises cycliques et de réaccélération économique à venir que la dégradation des ventes et des résultats passée. Dans ce contexte, le secteur devra surperformer les attentes déjà généreuses sur le plan des résultats pour délivrer.

Ainsi, nos principales convictions d'investissement sur le secteur de la consommation premium qui devraient publier dans les jours à venir sont :

Hermès : un luxe discret, des fondamentaux solides

Hermès a sous-performé le reste du secteur ainsi que les marchés européens dans leur ensemble en 2025 et cela malgré une croissance des ventes en hausse de +9% en organique en 2025 (marquant une 5ème année consécutive de progression). Le sellier parisien devrait continuer de bénéficier de la tendance du « luxe discret » (comme l'illustre la croissance de +15% des ventes de Loro Piana en 2025, si l'on se réfère à notre baromètre)1. La très grande aisance de sa clientèle confère à Hermès une faible élasticité-prix, nettement inférieure à celle observée chez ses pairs. A ce titre les récentes hausses de prix (entre +6-8% pour le cuit et +5-6% pour le reste) ont déjà été annoncées pour cette année. Enfin elle est plus exposée à la Chine que d'autres valeurs phares du secteur (30% des ventes réalisées dans la région pour Hermès, contre 20% pour le reste du secteur).

LVMH : une discipline en progrès, et des attentes déjà élevées

LVMH – qui célèbrera les 130 ans du monogramme Louis Vuitton - devrait renouer avec la croissance en 2026. Le groupe est bien positionné pour bénéficier d'une reprise cyclique, mais cela semble bien intégré dans les anticipations du consensus. Et si le groupe fait preuve d'une discipline accrue sur les coûts et a commencé à se désengager des activités moins rentables (DFS Asie dans le «duty free» par exemple) la base de coûts demeure élevée. Ainsi nous attendons un point d'entrée plus attractif pour nous réengager.

EssilorLuxottica : un tournant industriel vers la prochaine interface d'intelligence artificielle (IA)

EssilorLuxottica : Le titre affiche un repli de 19% depuis ses points hauts alors même que l'on devrait voir les ventes du groupe continuer de progresser fortement. Les ventes devraient continuer de progresser fortement, portées notamment par l'essor des lunettes connectées, dont les capacités de production pourraient être doublées pour atteindre 20 millions d'unités d'ici fin 20261. Le virage industriel est désormais bien engagé. A moyen terme, les lunettes Meta sont un relais de croissance majeur : elles pourraient représenter jusqu'au deux tiers de la croissance des ventes d'EssilorLuxottica d'ici 5 ans (contre 3% des ventes aujourd'hui). Plusieurs experts estiment que les lunettes connectées suppléeront à terme les téléphones portables comme principale interface de l'IA personnelle. La principale zone d'ombre : les marges y sont faibles car les coûts de développement sont élevés et surtout les prix de ventes sont relativement faibles pour l'instant mais cela devrait évoluer dans le bon sens.

L'Oréal : une formule qui s'inscrit dans la durée

L'Oréal : le groupe fait figure d'exception par sa capacité à opérer avec succès sur l'ensemble du spectre de la beauté, du grand public au luxe, ce dernier représentant plus de 35 % des ventes4. L'Oréal devrait franchir une nouvelle étape stratégique avec ce qui pourrait constituer sa plus importante opération depuis l'acquisition d'Aesop en 2025, via un renforcement de sa participation dans Galderma, leader mondial de la médecine esthétique et du botox. Cette opération permettrait au groupe de consolider son exposition au segment stratégique de la dermatologie, caractérisé par des marges élevées et une forte résilience de la demande - les soins dermatologiques figurant historiquement parmi les derniers postes de dépenses à être arbitrés par les consommateurs.

Kering et Ferrari : des rythmes qui divergent

Enfin Kering : le groupe est engagé dans un processus de redressement à la fois opérationnel et de marque. Il s'attaque activement à sa problématique d'endettement et poursuit son désendettement, mais les ventes devraient néanmoins rester en territoire négatif à court terme. Malgré un niveau d'incertitude encore élevé quant à l'issue du redressement, le titre a déjà fortement rebondi, intégrant une partie significative des attentes de retournement. Et Ferrari : la croissance ne devrait reposer que sur la hausse des prix et par l'amélioration du mix-produit, et non sur les volumes, contraints par des capacités de production volontairement limitées.

Conclusion : la reprise se dessine peut-être, mais elle n'est pas à prix réduit

En conclusion, le secteur du luxe européen aborde 2026 dans une configuration plus équilibrée, mais aussi plus exigeante. Après une année de correction marquée, la croissance semble prête à repartir, portée par la résilience de la demande américaine, une possible stabilisation en Chine et le renouvellement créatif des grandes maisons. Toutefois, entre une reprise largement intégrée par les marchés et le temps nécessaire à la mise en place d'innovation, l'asymétrie apparaît moins favorable qu'au sortir des précédents cycles.


(1) Source : Bloomberg & Carmignac, février 2026.
(2) Source : FED & Carmignac, février 2026.
(3) Source : Bloomberg, février 2026.
(4) Source : L'Oreal & Carmignac, février 2026.

Valeurs associées

253,7000 EUR Euronext Paris -0,43%
286,300 EUR MIL +1,67%
2 121,0000 EUR Euronext Paris +2,36%
290,3500 EUR Euronext Paris +11,80%
539,8000 EUR Euronext Paris +0,82%

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